C’est une photographie couleur au format horizontal.
Au centre, en plan relativement serré, un chat est assis de face, sa queue enroulée devant ses deux pattes avant, l’une légèrement devant l’autre. Il est plutôt petit, peut-être jeune. Tigré, couleurs rousses et beiges. Le bas de son museau est clair, ses moustaches blanches rayonnent tout autour. La ligne supérieure de ses yeux se poursuit de chaque côté d’un trait marron, lui donnant un aspect très graphique. La peau fine de ses oreilles est presque transparente. Il est assis sur un sol en ciment blanc, abîmé par le temps et strié de longues lignes, dans lesquelles se sont logés terre, brindilles et bouts de paille. Rien de plus. Un belle lumière, ni froide, ni chaude, éclaire la scène.
C’est une photographie couleur, au format horizontal, que j’ai prise enfant, pendant mes vacances. Le portrait souvenir d’un ami : le Chat. Des chats, il y en a toujours eu chez ma grand-mère. Ils n’avaient pas de nom, ou plutôt tous le même. Peu importe, chacun était bien différent et nous n’avions pas besoin de mots pour nous comprendre. Sur la photo il est assis de face, la queue élégamment enroulée devant ses pattes. Il pose, ça se voit. Il est tigré, roux et beige, ce qui était assez rare. Et il me fixe, calmement, pas perturbé par l’appareil photo. Pourtant, les réglages étaient bruyants, je devais bouger pour placer mon oeil dans le viseur et cadrer. La plupart des animaux prenaient peur ou venaient renifler l’objectif. Lui avait peut-être compris, peut-être voulait-il me laisser ce souvenir. Il était vraiment spécial. Sur la photo, vous voyez son regard intense, accentué par ces deux lignes marrons qui prolongeaient les bords supérieurs de ses yeux. Il est assis sur ce sol de ciment blanc qui a vu passer tant de bêtes, de tracteurs, de remorques, avec ces stries pour une meilleure accroche. La terre, les brindilles et la paille logées dans ces creux les font ressortir. Cette paille qui me rappelle l’étable au rez-de-chaussée, où j’aimais passer du temps.
Rien d’autre sur la photo que ce chat, ce regard et ce sol. Elle donne une impression d’immobilité, de calme. Pourtant je sais qu’il y avait du bruit, du passage, de la vie, le chien…
Quelques jours après être partie, j’ai fait un cauchemar. Je l’ai vu ce chat, tout hérissé, gueule ouverte, comme un flash. J’ai su plus tard qu’il était mort, probablement empoisonné.
Au retour des vacances, j’ai fait développer la pellicule…