Dare dare, je suis partie. Claquant la porte, clic, clic, clic, le bruit de mes talons dans les escaliers. Vite, vite, courir attraper le bus, je vais être en retard.
Je m’essouffle, ma poitrine brûle. J’ai l’impression que mes jambes vont me lâcher. Mais mon buste ne veut rien savoir, il se tend brusquement vers l’avant, tel un sprinter pathétique. J’atteins enfin le passage clouté qui me sépare de l’arrêt de bus, nauséeuse et bizarrement légère. Hélas, je ne peux pas traverser et le bus arrive au loin. Mon seul espoir : le feu précédent, insolemment vert. Je ferme les yeux et prie très fort… J’entrouvre les paupières : rouge, mon voeu est exaucé!
Je m’apprête à lever le pied mais je ne sens rien. La peur noue mon ventre. Je baisse lentement le regard, et là, stupeur : une volute d’air! C’est impossible. Par réflexe, je me retourne et je vois une paire de gambettes, juchées sur leurs hauts talons, qui errent, clic, clic, clic. Je suis déchirée : prendre mon bus sans elles ou aller les récupérer? Venez donc là! Je tente de les siffler mais ces idiotes ne m’entendent pas. En un éclair, je prends mes jambes à mon cou et rejoins l’autre trottoir, en survolant la circulation.
Le bus s’arrête devant moi, les portes s’ouvrent.
« Bonjour », l’air de rien.